AC Joy

La culture du dahlia
par
Michèle Cartier et François Cartier


Introduction
Les dahlias se caractérisent par leurs couleurs attrayantes, leurs formes et leurs tailles variées qui rehaussent avec bonheur l'apparence de nos jardins. Compte tenu de la polyvalence architecturale de ces plantes, nous pouvons nous permettre de réaliser des plates-bandes entières de dahlias. Dans les jardins d'autrefois, il y avait toujours des dahlias, généralement rouges, qui s'épanouissaient. Depuis cette époque, les hybrideurs ont multiplié les cultivars et certaines variétés ressemblent peu à celles qui ornaient les jardins de nos grand-mères. Par contre, leur culture est relativement facile en autant que certaines règles sont respectées.

Le sol
Les dahlias aiment un sol riche et bien drainé. Toute bonne terre à jardin convient à sa culture. Si le sol est sablonneux, l'eau et les substances nutritives auront tendance à être lessivées; il faudra alors ajouter de la matière organique: compost, fumier bien décomposé ou mousse de sphaigne. Si on utilise cette dernière, on vérifiera, l'automne suivant, le pH du sol qui aura tendance à s'acidifier; dans ce cas, la chaux horticole aura tôt fait de ramener le pH au point optimum de 6.5.

D'un autre côté, si le sol est argileux, l'égouttement du terrain peut être difficile et le risque de pourriture du tubercule est grand. Le sol peut être allégé en ajoutant du sable et du compost qui permettront aussi un meilleur écoulement de l'eau.

Les dahlias croissent rapidement et peuvent fleurir abondamment et continuellement à condition de leur fournir les nutriments nécessaires. Au printemps, au moment de la préparation du sol, un engrais de type 12-24-24 (offert par la société) avec oligo-éléments doit être ajouté. Le phosphate élevé ( le chiffre du milieu ) a pour effet de stimuler la floraison (10-52-10) et sera utilisé plus tard en saison.

L'exposition
Le dahlia préfère les endroits ensoleillés et bien aérés; un minimum de six heures de plein soleil assure une floraison abondante. Placé dans un endroit plus ombragé, il a tendance à s'étioler c'est-à-dire à produire des tiges plus longues et plus cassantes et, naturellement le degré de floraison en sera affecté. Au cours des journées de grande chaleur, il ne faudra pas se surprendre de voir ses feuilles ramollir, mais aussitôt que la fraîcheur du soir arrive, le dahlia revit!

La plantation
Pour les variétés à grand développement, les tubercules sont plantés à au moins 75 cm (30 pouces) de distance, tandis que les variétés naines sont espacées de 30 cm (12 pouces ). Il faut faire un trou de 12 à 15 cm (4 à 6 pouces ) de profondeur dans lequel on place une poignée de poudre d'os que l'on mélange au sol. Le tubercule doit y être placé à l'horizontale.

Source: François Cartier

À partir du moment où le tubercule est déposé dans la petite cuvette, il ne faut plus arroser jusqu'à ce que les premières feuilles apparaissent; à moins d'une sécheresse, la pluie suffira à maintenir le sol légèrement humide. À cette étape, le tubercule est très fragile et les échecs dans la culture du dahlia résident dans les arrosages trop fréquents qui favorisent sa pourriture. Ceux-ci seront nécessaires au moment où le feuillage abondant subira une perte d'eau par évapotranspiration.

Avant de le recouvrir de terre, il est particulièrement recommandé de placer un petit tuteur à peu de distance de l'extrémité qui porte le bourgeon. Ceci indiquera l'emplacement du grand tuteur qui viendra remplacer le premier plus tard dans la saison. Cette opération évitera de blesser le tubercule dont on ne voit plus la position.

L'utilisation de ces deux tuteurs de hauteur différente est une simple question d'esthétique. Lorsque les dahlias sont mêlés aux plantes vivaces, celles-ci cachent en grande partie le tuteur. Il est aussi pensable d'installer le grand tuteur dès le moment de la plantation. Cependant si la plate-bande ne contient que des dahlias, il est préférable d'utiliser de petits bambous verts de 30 cm qui se confondent mieux au décor et de remplacer ces derniers par des tuteurs plus solides de 1,50 m au moment où le plant aura atteint environ 30 cm de hauteur.

Une fois le tuteur en place, il faut recouvrir le tubercule d'environ 4 cm de terre sans remplir complètement le trou. Lorsque la tige aura sensiblement dépassé le niveau du sol, il restera alors à combler cette dépression.
Il ne faut pas oublier de placer une étiquette qui indiquera le nom de la variété du dahlia qui a été mis en terre à cet endroit. Plus tard durant la saison, il est bien pratique que cette identification soit fixée sur le tuteur même.

Quand planter ?
La plantation doit se faire lorsque tout risque de gel est passé vers la mi-mai. Le fait de planter les dahlias plus tôt n'apporte pas vraiment une floraison plus hâtive puisqu'avant cette date, la température du sol est encore fraîche et retarde la croissance.

Bien que certaines variétés soient plus hâtives que d'autres, la floraison débute généralement à la fin du mois de juillet. Par contre, les variétés naines fleurissent au début de ce même mois. Mais quel que soit le moment où apparaissent les premières fleurs, toutes les variétés fleurissent abondamment jusqu'au gel. Il est toujours possible de hâter la floraison en plantant les tubercules à l'intérieur à la fin mars dans des pots ou des cabarets à semis recouverts d'une couche de milieu d'enracinement.

Qu'est-ce qu'un tubercule de qualité ?
La taille du tubercule a vraiment peu d'importance et ne doit pas servir de critère de sélection lors de l'achat; la grosseur du tubercule n'influence pas la taille du plant et encore moins celle de la fleur. Certaines variétés, telle 'Pennsgift' (AA ID L) qui porte des fleurs qui ont longtemps été considérées comme les plus grosses jamais produites, ne fournit souvent que des tubercules de la grosseur du petit doigt.

Il faut surtout considérer la fermeté du tubercule et regarder si le point de jonction entre le tubercule et le collet où se situent les bourgeons n'est pas brisé. Cette section est plus étroite et plus fragile.

Dans le cas des spécimens pré emballés vendus dans les pépinières, les paquets contiennent des groupes de tubercules dont certains ont cette portion qui porte une cassure; il faut alors couper ce tubercule qui nécessairement pourrira et risquera d'endommager les tubercules sains.
 
Soins des jeunes plants
Lorsque les plantules atteignent quelques centimètres, elles ont à faire face à leur pires ennemis: les vers gris et les limaces. Souvent, la présence des vers gris se remarque trop tard: la jeune plantule repose couchée sur le sol. Heureusement, le tubercule porte souvent plus d'un germe; la croissance peut donc reprendre. Il est cependant impératif de creuser légèrement le sol et d'y enlever le coupable qui vit à quelques centimètres sous la surface.
Les limaces peuvent être contrôlées par des moyens mécaniques tels que les coquilles d'oeufs broyées ou de la cendre de bois ou par des moyens chimiques comme l'appât à limaces répandu autour du jeune plant.

Contrôle de la taille du plant
Il est possible d'obtenir un certain contrôle de la croissance du plant sur sa hauteur et sur sa largeur. Dans une plate-bande de vivaces, les dahlias peuvent être plantés ailleurs que dans la dernière rangée. Les plants de dahlias peuvent être taillés de façon à obtenir une gradation de la hauteur. Les dahlias miniatures sont exclus de ce genre d'intervention.

Pour obtenir un plant plus court, touffu et très florifère, il faut pincer le bourgeon apical ou terminal (voir ci-dessous). En répétant l'opération sur plusieurs tiges, la plante sera forcée de croître en largeur plutôt qu'en hauteur. D'autre part, les dahlias peuvent occuper la dernière rangée du jardin ou encore cacher une clôture. Dans ce cas il faut pincer (enlever ) les bourgeons axillaires au niveau des trois noeuds inférieurs (voir deuxième illustration ci-dessous). Le plant forme alors une colonne plus haute et moins large. Ceci permet par contre d'utiliser un plus grand nombre de plants sur une même surface.


Source: ADS. Guide to growing and caring for dahlias

Il faut signaler que certaines variétés sont naturellement hautes; par exemple, le groupe des dahlias «à fleurs de camélia» présente des plants qui atteignent facilement 2 mètres de hauteur. Les variétés 'Harvest' ( A LC OR ) et 'Kenora Clyde' (AA SC W ) atteignent facilement 2,50 mètres sans aide! Imaginez le bonheur de votre voisin qui pourra admirer vos superbes fleurs au dessus de votre clôture!

Ces dahlias doivent être solidement attachés à un tuteur; les tiges de dahlias sont creuses et rigides mais peuvent aussi se briser brusquement lors des violents orages de l'été.

D'autres groupes ont un port plus délicat et moins haut: ce sont les dahlias «à fleurs d'anémone, d'orchidée» et les «collerettes». Ceux-ci peuvent s'insérer dans une plate-bande de vivaces.

Les soins au cours de l'été
Une fois le feuillage développé, il faudra arroser en profondeur une fois par semaine, à moins que la nature ait pris notre relève. Il est toujours préférable d'arroser le matin de façon à ce que le feuillage s'assèche durant la journée, empêchant ainsi les maladies fongiques de s'installer (mildiou, oïdium ). Heureusement, au Québec, le dahlia semble peu vulnérable à ces maladies.

La croissance rapide et la floraison abondante épuisent le sol; au début du mois d'août, commencent les arrosages d'engrais liquides de type 15-30-15 et 10-52-10 en alternance. Ce supplément peut être appliqué à toutes les deux semaines; l'application de l'engrais doit se faire d'une façon régulière sinon les fleurs pourront porter des centres doubles ou multiples. Ce traitement doit cesser au début du mois de septembre pour éviter la pourriture des tubercules au cours de l'hiver.

La protection contre les insectes
Partout au Québec, un insecte semble attiré par le dahlia: la chrysomèle du maïs. Ce petit Coléoptère vert pâle d'environ 6 mm et qui possède deux paires d'ailes lui permettant de voler, s'attaque aux bourgeons floraux et surtout aux fleurs de teintes pâles. Il dévore les bourgeons et les pétales. Peu d'insecticides sont vraiment efficaces; les savons ne semblent que déplacer cet insecte.

Par contre pour contrer les tétranyques ou araignées rouges par temps chaud et sec, des insecticides doux viennent à bout de ces Acariens qui sont de véritables pestes au jardin.

Les virus aussi attaquent les dahlias. Une recherche est en cours sur ce sujet à l'université de l'état de Washington, aux États-Unis. Ces virus sont des mosaïques qui, dans certains cas, s'attaquent à d'autres plantes que les dahlias. Lorsque les plants sont atteints, ils demeurent très courts et souvent les feuilles sont tordues. La seule solution est de déterrer le plant et de le détruire car le virus se propage facilement par des insectes comme le thrips et certains pucerons. Il ne faut surtout pas le jeter sur le tas de compost.



L'extraction:
Cela se déroule toujours aux alentours de l'Action de Grâce. La première étape consiste à couper le plant à la base, en ne laissant qu'environs 10 à 15 centimètres de tige, pour une manipulation plus facile. Le principal danger, dans cette opération, est de perdre, avec l'étiquette, le nom de votre dahlia. Cela est très ennuyant, surtout le printemps, quand vous ne savez pas si votre tubercule inconnu vous produira un plant de deux ou huit pieds!

Une fois le jardin de dahlia rasé, l'extraction peut commencer. Pour éviter d'endommager les tubercules, on doit creuser un cercle à au moins 30 centimètres de la tige. Les racines secondaires ainsi sectionnées, il ne suffit alors que de soulever avec la pelle en tirant simultanément sur la tige pour voir apparaître la production de l'été: une belle grosse motte de tubercules bien dodus!


Source: François Cartier

La terre qui s'y accroche encore est alors enlevée à l'eau, la présence d'oeufs d'insectes à la base de la tige ou de microorganismes étant du même coup éliminée. Les tubercules doivent ensuite sécher pour une période de 24 à 36 heures (dépendamment de leur taille), la tige à l'envers, pour que l'eau en soit totalement évacuée. Prenez soin de les manipuler délicatement, car ils sont très fragiles!

La préparation
Une fois tirés de leur habitat naturel, les tubercules doivent être préparés pour leur hibernation. Les laisser à eux même dans un coin de garage ou sur une tablette de sous-sol est très hasardeux, et même si des miracles se produisent à l'occasion, ces dahlias ne passeront probablement pas l'hiver. Il faut d'abord débarrasser les mottes de toutes radicelles pour ne conserver que les tubercules. N'hésitez pas à enlever les racines qui ont jusqu'à un centimètre de diamètre, car elles ne feraient pas de bons tubercules. On peut alors raccourcir la tige selon notre désir. Il est aussi possible, à l'aide d'un crayon indélébile, d'identifier directement les racines (selon leur nom, ou avec un code personnel).


Source: François Cartier

À ce stade, certains divisent leurs mottes, tandis que d'autres attendent au printemps. À l'automne, l'avantage est que les tubercules sont plus tendres. Individuellement, ils occupent aussi moins d'espace en entreposage. Voir notre section illustrée sur la division de tubercules

 Toutefois, la division printanière est favorisée par bien des gens car elle est plus précise, les nouvelles pousses ayant commencé à sortir du collet de la tige. Mais surtout, pour ceux qui n'ont pas de conditions d'entreposage idéales -ce qui est la cas de la majorité d'entre nous- il semble que les tubercules se conservent mieux lorsqu'ils sont encore tous rattachés à la tige. Vous pouvez expérimenter et voir quelle technique fonctionne le mieux pour vous.

Individuellement ou par motte, diverses méthodes préparatoires peuvent être utilisées. Plusieurs recouvrent leurs tubercules séchés d'une poudre insecticide fongicide. La trempette est aussi populaire, soit dans une solution d'eau de javel (250 ml pour environs 20 litres d'eau) ou dans un fongicide systémique dilué. Notez que ce trempage est réalisé immédiatement après le lavage, évitant ainsi de faire sécher deux fois les mêmes tubercules! Enfin, on peut appliquer un fongicide systémique sur les plants peu avant la fin de la saison. Dans ce cas aussi, vous pouvez déterminer par essai quelle méthode vous satisfait le plus.


Source: François Cartier

L'entreposage:
Encore ici, il n'y a pas de méthode universelle. L'important est de trouver un juste milieu: un climat d'entreposage trop humide favoriserait la moisissure, ou pire, la pourriture de vos tubercules, et un environnement trop sec aurait tôt fait de déshydrater ces derniers. Il faut aussi que l'endroit soit aéré, ait une température constante et fraîche (entre 6 et 10 degrés C, les températures plus chaudes favorisant les activités des microorganismes) et facile d'accès, permettant ainsi une inspection aisée.

À moins de disposer d'un tel lieu d'entreposage, un contenant devra être choisi pour reproduire du mieux possible ces conditions parfaites. La méthode la plus populaire est de mettre les tubercules dans une boîte de carton peu profonde et de les recouvrir de vermiculite à gros grains (un sac peut aussi faire office de contenant).


Source: François Cartier

La vermiculite a l'avantage d'absorber l'excès d'humidité sans assécher les tubercules, tout en permettant une libre circulation de l'air dans le contenant. La mousse de tourbe fait soit sécher ou pourrir les tubercules. Le sable, quant à lui, est pesant et voit les tubercules former des radicelles au printemps. Mais rappelez-vous, si un truc fonctionne pour vous, quel qu'il soit, gardez-le!

Soins hivernaux:
Vos tubercules auront besoin de votre vigilance et quelque fois de vos soins pour passer l'hiver! Une inspection régulière est donc fortement recommandée. Ainsi, des problèmes de moisissure ou de pourriture pourront être réglés avant qu'ils ne s'étendent à vos tubercules en santé. Une simple application de fongicide (saupoudré ou badigeonné) devrait venir à bout des moisissures. Dans le cas plus grave de pourriture, on peut soit jeter la motte entière (notamment si la couronne de la tige est atteinte), ou amputer la section atteinte. Dans les deux cas, il est bon de surveiller les tubercules situés à proximité.

Avec les bons soins, il est donc très facile de faire passer l'hiver à nos dahlias avec des pertes minimes. Loin d'être une corvée, ce processus, que l'on aura raffiné à la suite de notre propre expérimentation, deviendra un autre de ces rituels automnaux qui nous amènera, le printemps suivant, un sentiment de fierté devant la mission réussie. Un sentiment qui n'aura d'égal que l'anticipation d'une nouvelle saison toute en fleurs.

Accueil